La démocratie face aux régimes autoritaires : une lutte asymétrique
- michelmorvan
- 7 avr. 2025
- 2 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 3 jours
« Vos démocraties ne sont plus efficaces. »
Ce constat brutal, asséné à Philippe Kourilsky par un universitaire de Singapour, n’est pas une provocation gratuite : c’est une mise en garde. Et peut-être même un jugement sans appel.

Dans La démocratie au défi du partage, l’auteur ne se contente pas de pointer la montée des populismes ou la fatigue démocratique. Il élargit le champ, dépasse les lamentations habituelles, et frappe là où ça fait mal : nos démocraties sont en train de perdre la bataille de l’efficacité.
Pendant que l’Occident s’enlise dans ses procédures, ses précautions, ses querelles internes et ses réformes manquées, les régimes autoritaires avancent. Avec leur brutalité assumée, leur efficacité redoutable, et leur capacité à décider vite, ils séduisent une partie croissante de l’opinion mondiale – y compris, parfois, dans nos propres pays.
Le monde ne rêve plus de démocratie. Il rêve de résultats.
Regardez autour de vous : la Chine érige son autoritarisme en modèle, la Russie exporte le chaos comme stratégie de domination, et les démocraties historiques se crispent, se replient, ou sombrent dans l’illusion d’un retour glorieux à un âge d’or fantasmé. Quant aux pays émergents, ils ne voient plus la démocratie comme un chemin vers la prospérité, mais comme un luxe pour pays repus.
Le plus dérangeant ?
La démocratie, dit Kourilsky, n’est même plus le régime qui sert le mieux la science. Autrefois moteur du progrès, garante de la rationalité, elle est aujourd’hui minée par les fake news, les colères irrationnelles, et l’impuissance organisée. Les régimes autoritaires, eux, n’ont ni tabous ni états d’âme : ils utilisent la science, l’innovation, l’intelligence artificielle, pour renforcer leur emprise. Et ça fonctionne.
Pendant que nous débattons, ils fabriquent de la puissance.
Kourilsky n’idéalise rien. Il voit clair. Il ose une phrase que peu de démocrates acceptent d’entendre : « La science aujourd’hui sert mieux les dictatures que les démocraties. » Non pas par choix idéologique, mais parce que nos régimes se sont laissés piéger par leur propre mollesse, leur propre dispersion, leur propre incapacité à intégrer des réponses collectives fortes dans un monde devenu féroce.
La vraie question n’est plus de savoir si la démocratie est souhaitable.
C’est de savoir si elle est encore capable de survivre dans un monde où sa faiblesse devient son principal handicap.


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