La science sert-elle encore les démocraties ?
- Francois Radas
- 22 janv.
- 2 min de lecture
C’est une phrase qui claque comme un uppercut :
« La science aujourd’hui sert mieux les dictatures que les démocraties. »
C’est Philippe Kourilsky qui l’écrit dans La démocratie au défi du partage.
Et il n’a pas tort.
Pendant que les régimes autoritaires investissent massivement dans la recherche et l’innovation — sans scrupule, sans frein éthique, sans débat public — les démocraties, elles, hésitent, se méfient, doutent.

Elles laissent la science être discréditée par les fake news, les croyances anti-vax, les discours déclinistes ou la peur des élites.
Résultat : la science avance… mais souvent ailleurs.
Et pendant ce temps, nos régimes démocratiques s’abîment dans le soupçon permanent. La science n’y est plus source d’émancipation collective mais objet de méfiance. Elle est attaquée par ceux qui prétendent défendre la nature, ou dénoncer les abus du capitalisme technologique — et parfois à juste titre. Mais le doute devient vite dogme, et le dogme interdit toute solution.
Les dictatures, elles, n’ont pas ces états d’âme.
Elles industrialisent l’intelligence artificielle, maîtrisent les données, contrôlent l’espace, manipulent l’information, utilisent la technologie pour asseoir leur pouvoir.
Elles savent que la connaissance est une arme, et elles s’en servent.
Dans ce contexte, la démocratie devient paradoxalement le régime le plus vulnérable à l’innovation qu’elle a pourtant fait naître. Elle n’a plus ni le monopole, ni le contrôle. Et surtout, elle a perdu l’adhésion.
Kourilsky nous interpelle : la science a besoin de liberté, certes — mais aussi de respect. Et cela suppose des démocraties capables de défendre leur propre rationalité, de restaurer la confiance, de soutenir la recherche sans céder à la panique ou à l’idéologie.
Si la science ne sert plus la démocratie, c’est que la démocratie ne se donne plus les moyens de mériter la science.
Et ça, c’est une menace bien plus grave que toutes les dystopies.



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